dans entspiegeltes fenster - blues d'hiver
- Peinture (50 x 65 cm)
- huile
- 2023
"Der streit im auto" (La dispute en voiture) 4*
quatrième peinture de cette série d'huiles sur papier, sur la difficulté de communiquer, et la moselle.
Poème qui accompagne cette série :
S’est glissé entre nous une vitre sans teint qui nous bâillonne. Je n’ai pas la force de la colère, je suis comme un wagon de la ligne 14, fonctionnelle et automatisée. Tout glisse le long de ces routes fluides, presque sans embranchement. Je suis bloquée derrière la vitre, dépourvue de bouche, tu changes les vitesses. Tu insultes tous les autres automobilistes, tu maugrée contre ta famille et contre tes amis. Je sais que tu te vide de tout ce que tu manges, je te maudis en bonne chrétienne, pas d’improvisation bouddhistes, celles qui se déclenchent quand on monte dans la voiture à l’aller. Exsangue et encore brumeuse de peur et de rhum blanc pluvieux, moi. Tirée et tendue comme un couteau moribond, toi.
Tu regretteras ce que je subis, tu t’en mangeras les dents. J’ai le jetlag de la haine. Tu souffres comme un buffle, tu as le cœur empalé d’une bête à cornes. Et moi, une musaraigne prise dans un piège, je hais mes sourires douloureux et contrit adressés.
Elle a l’air de bien m’aimer, j’ai peur de la croiser dans la maison, ta mère, parce qu’elle parle beaucoup, c’est comme un pépiement d’oiseau, un flot ininterrompu et cyclique, imagé, rebondissant, le ton élastique et claire, je dis que je vais sortir faire un tour, je marche entre les maisons de crépis blanc modernes et espacées. L’arrêt de bus en bois jouxte l’église, de biais sur le trottoir d’en face, le froid m’est nécessaire. Un petit clocher blanc et simple qui sauve le reste du village, de la presque route bordée de voiture garées, trois par famille minimum. Tu me dis que le carillon du clocher t’apaise dans la journée, tu pars dans le salon pendant que je fais la sieste. La nuit, tu regardes un film polonais produit par Netflix pendant que je profite de l’intimité de la caverne somnolente de mon crâne. Ce qui s’y passe et s’y dit m’appartient encore, c’est le dernier espace de liberté, avec l’estomac, que je noie de bœuf bourguignon bio et fait maison dieu merci.
Quand il s’active le jour il est contraint : un métro toutes les deux minutes et on annonce le temps de trajet, fiable et ponctuel. La jolie couleur violette qui trompe la crasse rutilante, les larmes qui ne coulent pas, les mots qui ne sont pas dits, une compression du cœur (ou est-ce le foie ? Non, je nous échange, tu es sous conseille médical de tisane et de fibres vieille branche) un discours usuel et utile. Ton père, un peu malade devant la télé qui glousse un peu, aigu, et puis qui aime sa femme, dans leur équilibre bizarre : au moment où j’accède à ta vie tu m’écarte. Une subtilité, mélangée d’émotions successive, l’état planant est si complet que j’y explore un monde parallèle derrière la vitre sans teint, aquarium. Tant que les paroles sont contenues, la réalité est en suspens, et avec surprise elle continue, elle n’a pas vraiment besoin de moi apparemment.
On parle du film polonais le matin avec ton père, et de l’orang-outang du jardin des plantes qui porte mon nom. C’est les singes qui ressemblent le plus aux humains, mon amant de fortune m’a dit qu’ils faisaient même des dépressions, derrière leur vitre à eux qui détermine leur horizon clôt. A paris, tu couperas tes cheveux. Tu t’entoureras de tes gris-gris, drogues, poudres variées, médicaments, amulettes, chapelets, doudous, pilules, mecs, putes, écrans, aquarelle et tu les réuniras autour de ton plâtre pour survivre. Celui-ci qui trône et qui te fait gémir, ou mugir de douleur. Celui-ci qui te pousse à étrangler maman avant la visite à l’hôpital, tient pourquoi ta lampe est cassée et n’a plus d’abat-jour ? Tout est devenu dégeulasse.
Je fais quand même la vaisselle et les tee-shirt. Mon silence a cassé ta cheville, je suis comme un boulet qui t’abandonne. Chacune de mes paroles est retenue contre toi. Combien d’avions que tu ne prends pas, enfermée dans ton premier étage sans ascenseur dans la fumée opaque des joints qui se succèdent pour tromper ton ventre, la haine est partie mais je ne réponds plus à l’appel, je suis restée coincée dans cette voiture que tu conduis si mal quelque part à la frontière allemande. Mon double te rend quand même visite et s’intéresse à toi, jamais il n’aura rien à se reprocher sur aucun plan, il s’est vraiment comporté de la meilleure façon possible avec une diplomatie hors pair. C’est lui qui me sauve et me tue, heureusement tu le reconnais et tu ne nous confonds pas, même si tu fais semblant ça me fait plaisir. Ça fait bientôt un mois que nous patientons quelques instants pour régulation du trafic, tu arrêtes de manger, tu snifouille, tu retouches tes taches de rousseurs, sinon tu devras repayer, inenvisageable.
Tu prends un heetch pour y aller, ce n’est plus toi qui conduis, ici tu es immobile. Le stresse noud le haut de mon dos et les larmes coulent dans Tolbiac sans me soulager enfin, j’ai les cheveux rouges chacun son truc, ma vie s’organise selon une succession de petits cercles que je surligne. Tu es contenue en eux, je t’entoure nerveusement. Je saute de l’un à l’autre en jument échevelée, apnée complète jusqu’à l’immobilisation également, copieuse. Je les inscrits dans mon deuxième cerveau, pas celui de mon double celui qui vient te voir, le mien, celui de moi, celle qui viendra te voir, ensuite, quand on ouvrira cette satané vitre, et qu’on pourra enfin s’étreindre et se crier dessus et renouveler des promesses qu’on pensait enfuies mais qui étaient juste latentes.
- Technique : Peinture (huile)
- Année de réalisation : 2023
- Hauteur : 50 cm
- Largeur : 65 cm
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